Gestion de la Covid-19 au Burkina Faso : Ne pas baisser la garde malgré l’accalmie

: 24 juin 2020  

Les spécialistes de la question sont formels : le Burkina Faso fait figure de bon exemple dans la gestion de la maladie à Covid-19, cette pandémie qui, depuis son apparition fin 2019 en Chine, a mis la planète entière sous coupe réglée.

Contre toute attente, le « pays des hommes intègres » a surpris tout le monde déjouant ainsi les pronostics les plus apocalyptiques auxquels certaines institutions internationales, nourries à la sève d’un afro pessimisme systématique, le prédestinaient. Le pays a vite cerné la pleine mesure de la gravité de la situation et a rapidement pris le taureau par les cornes. On se rappelle encore que dès le 3 mars, les autorités annonçaient l’élaboration d’un plan de lutte contre l’épidémie budgétisé à près d’une dizaine de milliards de F CFA.

Une semaine plus tard, soit le 16 mars, des mesures draconiennes ont été annoncées et immédiatement mises en application pour limiter la propagation de la maladie. Ainsi, à la date du 13 juin le Burkina Faso enregistrait 0 nouveau cas détecté sur 142 échantillons analysés, 03 nouvelles guérisons portant à 807 le nombre de guérisons depuis le déclenchement de la pandémie et 0 décès. Pour qui connait les ravages fait par le Corona virus en Europe et aux Etats-Unis, réputés pour avoir les infrastructures et le personnel de santé les plus performants au monde, c’est une véritable prouesse.

S’il est vrai que cette accalmie est le fruit du dévouement du personnel soignant à qui il faut rendre un vibrant hommage, il n’est pas moins vrai que la rapidité de la riposte et surtout la perspicacité du Gouvernement ont permis de contenir la pandémie. L’extraordinaire élan de solidarité nationale fièrement exprimée par le peuple burkinabè à cette macabre occasion n’est pas en reste.

Pourtant, aux premières heures de la pandémie, peu de gens dont certains Burkinabè dubitatifs, ne vendaient pas cher la peau de ce pays dont la situation géographique (pays carrefour), l’exposait davantage à la contamination à grande échelle dans un contexte de guerre frontale contre le terrorisme. Mais que nenni ! Les mesures restrictives notamment le couvre-feu jugées draconiennes et qualifiées de « copier-coller » au départ se sont avérées efficaces suscitant l’admiration de nos voisins et même au-delà.

Le respect des mesures barrières, un impératif

Le Premier ministre, Christophe Marie Joseph DABIRE, lors d’une rencontre avec les médias le 05 mai dernier invoquait à juste titre le devoir régalien de l’État de revenir sur les restrictions en cas de non-respect des mesures barrières. Une piqûre de rappel qui vaut son pesant d’or quand on sait que la joie et le soulagement avec lesquels les Burkinabè ont accueilli la levée successive des mesures contrastent avec l’insouciance d’une grande partie de la population une semaine après.

En effet, non-respect du port du masque, absence de distanciation sociale, reprise des poignées de mains et bien d’autres comportements à risque sont observés. A en croire les experts de la Covid – 19, le Burkina Faso a passé le pic de la pandémie, et c’est cette donne qui a favorisé la levée progressive des mesures restrictives avec notamment la réouverture des bars, des restaurants et des maquis, la levée de la quarantaine. Dans cette même veine, un décret signé par le président du Faso et datant du 1er juin levait le couvre-feu à partir dès 3 juin.

Cependant, l’embellie constatée et appréciée au-delà de nos frontières (confère Jeune Afrique n° 3089 – Mai 2020) ne doit pas nous faire perdre de vue le grand danger qui guette le pays en cas de rebond de la maladie. Le cas de la Côte d’Ivoire voisine où, la levée des mesures restrictives a entrainé une hausse vertigineuse du nombre de cas allant même du simple au double, est là pour nous rappeler la responsabilité individuelle et collective de chaque citoyen dans la lutte contre la Covid-19.

Prenons-en donc de la graine, car ces allègements ont été concédés sous réserve du respect des gestes barrières. Les fouler aux pieds serait donner les arguments nécessaires à l’autorité de revenir sur ces mesures fortement préjudiciables à l’activité économique, mais, ne dit-on pas que la santé avant tout ?

Bertrand KINDA