QUAND UNE PARTIE DE L’OPPOSITION POLITIQUE BURKINABÈ S’ACHARNE INUTILEMENT CONTRE LE CALENDRIER ÉLECTORAL

: 25 juin 2020  

Plus le 22 novembre 2020, date des élections couplées présidentielles et législatives, s’approche inexorablement, plus le mercure politique monte au Burkina Faso. C’est dans cette ambiance que l’opposition politique dans sa globalité se fissure par des positions et des visions diverses.

Alors que les grands partis (les Baobabs de Zéphirin) que sont le MPP, l’UPC et le CDP sont sur le terrain pour mobiliser leurs militants, beaucoup de partis mineurs (absence ou maigres moissons aux élections passées) de l’opposition remettent en cause le calendrier électoral pour plusieurs raisons. Chacun y va de sa feuille de route personnelle.

Les tendances de ces partis contestataires de la date du 22 novembre 2020 peuvent être regroupées en trois (3) catégories selon leurs argumentations et propositions.

D’abord, nous avons le nouveau regroupement dénommé ONA (Opposition non Affiliée) qui en présentant son acte de naissance oppose une farouche résistance à la tenue des élections. Pour Pr SOMA Abdoulaye et compagnie, le pays ne remplit pas les conditions sécuritaires pour organiser des élections crédibles. Ils s’appuient sur les articles 37 et 86 de la constitution pour rappeler que le suffrage est universel et qu’organiser des élections dont certains ne pourront pas participer fera du Président qui en sera issu, un Président anticonstitutionnel.

Cela ne nous empêche pas, cependant, de faire remarquer que ce n’est pas la première fois qu’un droit accordé aux citoyens peut ne pas être respecté. Les droits à la santé, à la sécurité, à l’éducation, etc. sont consacrés de par la constitution pour tous les citoyens, mais ils peuvent ne pas connaître une concrétisation lorsque certains évènements et handicaps surgissent.

Ensuite, nous avons la CODER (coalition pour la Démocratie et la Réconciliation nationale), dont Ablassé OUÉDRAOGO, figure de proue de la coalition, pose comme préalable à la tenue des élections, la réconciliation nationale. Il est vrai que la réconciliation nationale est un chantier prioritaire pour tout pouvoir légitime qui prend place après une transition suite à l’insurrection comme c’est le cas du MPP. Mais, il me plaît de rappeler à la CODER que la réconciliation ne s’obtient pas par la prise d’un décret ou par des déclarations tonitruantes et catastrophistes dans les médias.

D’ailleurs, pour un pays ayant connu une expérience d’une parodie de journée de pardon comme celle de 2001 où il y a eu réconciliation sans vérité ni justice, on doit épiloguer prudemment sur la réconciliation. La réconciliation demande un travail de fond et le triptyque-vérité, justice et réconciliation paraît le bon choix.

De là à conditionner la tenue des élections à une réconciliation aux forceps, ce serait commencer une aventure qui peut plonger notre chère nation dans une crise majeure.

Enfin, la 3ème tendance est celle soutenue par quelques adeptes des transitions. Ces derniers proposent de faire une transition de 3 ans avant d’organiser les élections en espérant que la sécurité soit de retour.

C’est une tendance véritablement putschiste, car on n’en vient pas à une transition de gaieté de cœur dans un pays. Est-ce que nous sommes dans une période post-insurrectionnelle ou dans un cas d’une survenue de catastrophe qui ne permet pas au pouvoir démocratiquement élu de gouverner ? Visiblement, non et la situation actuelle n’appelle pas une transition. D’ailleurs, lorsqu’on fait le bilan de notre transition post-insurrectionnelle on doit se méfier de proposer des thèses « transitionnelles ». Cette tendance s’apparente simplement à une nostalgie de personnes qui auraient goûté aux délices de la transition et qui ne sont pas capables de se faire élire.

En examinant sérieusement le profil, les positions, les propositions et le poids politiques des défenseurs du report des élections, on se rend simplement compte que ce sont des thèses fatalistes et désespérées des apprentis politiques en manque de popularité et qui se chatouillent pour rire.

Ils sont dans une logique de mauvais perdant qui consiste à « casser le pot de sauce pour obliger tout le monde à manger du tô sans sauce » ou encore, ils se comportent comme le singe, qui ne pouvant pas atteindre les fruits de lianes perchés haut, trouve en désespoir de cause qu’ils sont amers.

Pour ces différents partis qui pour la plupart n’ont rien engrangé comme bons résultats aux élections passées et qui présagent encore d’échouer lamentablement aux élections futures, prôner le report des élections aux calendes grecques peut ouvrir d’autres perspectives pour continuer d’exister.

Les partis sérieux, les citoyens honnêtes et patriotes et le peuple combattant ne leur feront pas ce plaisir en leur permettant de noyer leur incompétence et impopularité dans le report des élections et d’obliger le pays à faire un saut dans l’inconnu.

Dr Patrice KOURAOGO

Officier de l’Ordre National