Terrorisme au Burkina Faso : N’est-il pas temps d’intégrer cette nouvelle réalité dans notre quotidien ?

: 26 juin 2020  

Depuis l’année 2016, les attaques qualifiées de terroristes sont quasi quotidiennes au Burkina Faso, et ce malgré les efforts graduels déployés par les forces de défense et de sécurité, les politiques, les populations et les partenaires nationaux et internationaux. Face à la répétition de l’horreur et à ce sentiment de progression du phénomène, la question qui se pose toujours est : comment lutter aujourd’hui efficacement contre le terrorisme ?

Le constat amer que l’on peut faire aujourd’hui est que nous vivons dans une époque où aucun pays n’a pu vaincre définitivement et durablement l’hydre terroriste.

Nous devrons être réalistes en ayant une grille de lecture différente pour essayer d’appréhender les conséquences des actes terroristes dans notre société, dans une perspective qui ne soit pas uniquement une réponse sanglante.

La mesure du succès des efforts antiterroristes ne devrait pas se résumer à la tuerie de quelques terroristes après chaque attaque. Une autre unité de mesure devrait être de regarder si moins de personnes sont mortes ou blessées, grâce à l’action conjuguée de nos FDS, des fonctionnaires, des autorités locales, des volontaires de la défense et des populations. La sécurité des citoyens ne viendra pas de l’État, ou au moins pas exclusivement. Un exemple patent est celui d’Israël qui a su associer fortement la société civile aux démarches de garantie de la sécurité de ses citoyens comme le souligne Corinne Sauer : « la société civile est très impliquée dans le combat contre le terrorisme en Israël, avec quatre axes clefs : déjà, un service militaire obligatoire pour presque tout Israélien. Ensuite, il est assez facile d’obtenir un permis de port d’armes et de nombreux citoyens sont armés. Cela a permis de stopper de nombreuses attaques terroristes. Troisième axe, même les enfants sont informés tôt sur la conduite à tenir en cas de risque, et les Israéliens n’hésitent pas à prévenir la police tôt. Enfin, de nombreux quartiers ou centres commerciaux ont leurs propres services de sécurité, avec des volontaires ou des entreprises privées ».

Ce n’est pas un prétexte pour occulter l’horreur ou éviter de se poser les questions des manquements en amont. Mais cette manière d’appréhender la réalité ne doit pas non plus être oubliée au profit de la seule peur et de cette désagréable impression que chaque attaque est une copie conforme de la précédente, sans que rien ne change. Bien sûr, cela peut paraître défaitiste ou moins agressif que de dire que nous allons arrêter ou tuer tous les terroristes. Ce n’est pas plus fataliste que de traiter agressivement la croissance d’un cancer ou de construire des digues alors que les eaux sont déjà là. C’est juste une reconnaissance que le mal est arrivé, mais que nous devons, aussi, maîtriser l’intensité de la perte en mettant en œuvre des stratégies avant-gardistes. Pour être efficace, nous devons accepter de vivre avec ce mal et avoir à l’esprit que son traitement se fera à long terme.

Au-delà de la collaboration et de la participation de la population, c’est le repli identitaire et la stigmatisation qui fait craindre les analystes burkinabè soucieux de la cohésion sociale. Au Burkina Faso, les terroristes se recrutent au sein de nombreuses ethnies et nationalités et ils font des victimes au sein de toutes les communautés sans distinction. Tout comme la stigmatisation, le repli identitaire doit être combattu par tous les moyens. Le repli identitaire est tout aussi dangereux, pernicieux que la stigmatisation.

La complexité de la lutte contre le terrorisme au Burkina Faso réside dans sa forme, mais également dans le contexte socio-politique du pays. Sommes-nous en présence d’attaques terroristes, de faits de grande criminalité ou encore de faits de tentative de déstabilisation d’un régime que certains se sont juré de faire échouer par tous les moyens ? A priori, l’analyse situationnelle devrait prendre en compte toutes ces trois hypothèses tout simplement parce que ces attaques ne sont pas ou peu revendiquées.

 Face à la complexité de la situation, les réponses militaires ou non doivent prendre en compte plusieurs paramètres parmi lesquels la nécessité d’éviter toutes les formes d’excès susceptibles de fragiliser la cohésion sociale et le vivre ensemble. La volonté de construire un État-nation, commande d’éradiquer systématiquement toutes les formes de stigmatisation.

Aucune nationalité ni groupe ethnique  sur notre territoire ne devrait avoir le sentiment d’être assimilé à un quelconque groupe terroriste. Que des individus issus d’un groupe ethnique ou d’une nationalité se comportent comme des terroristes, on ne peut en conclure pour autant que c’est l’ethnie ou la nationalité qui est complice du terrorisme.

Tout comme la stigmatisation, le repli identitaire doit être combattu par tous les moyens. Le repli identitaire est tout aussi dangereux, pernicieux que la stigmatisation. En effet, le repli identitaire place les personnes qui en usent dans une situation de victimisation et les isole du reste de la collectivité. Il nous oblige à développer une forme de solidarité contreproductive. Il nous empêche d’apprécier objectivement les tares au sein de notre communauté.

Toutes les communautés sans exception souffrent de certaines tares dont il faudra tôt ou tard se départir. Au nom du repli identitaire, les défauts les plus abjects sont souvent excusés, voire justifiés. Les hommes politiques en manque de projet véritable peuvent être tentés d’exploiter le repli identitaire en profitant de l’état de fragilité des populations placées dans cette situation. Mais l’histoire enseigne que le repli identitaire n’a jamais été un projet porteur. Aujourd’hui plus qu’hier, dans un monde globalisé, le repli identitaire est un projet de vie absurde.

Il faut se le dire pour de bon, les terroristes n’ont pas d’ethnie. En posant des actes barbares, ils ont renoncé à leur droit de vivre en paix avec leur frère au sein de la société. Dans ce sens, ils doivent être recherchés, dénoncés et traqués par tous dans la société.